Changez votre manière d'apprendre et d'enseigner

27 Feb 2019 | Corporate & associe

 

 

“People usually forget 90 percent of what they learn in a class within 30 days. And the majority of this forgetting occurs within the first few hours after class.”

John Medina, biologiste moléculaire et auteur du livre Brain Rules: "12 Principles for Surviving and Thriving at Work, Home, and School"

 

      L’apprentissage se traduit par un processus continu d’appréhension et de compréhension du monde qui nous entoure. Acteur principal dans l’éducation, l’École nous transmet un apprentissage dès notre plus jeune âge, avant que le monde professionnel ne prenne le relais. C’est d’ailleurs l’École qui nous inculque ses méthodes d’apprentissage que nous utilisons et utiliserons tout au long de notre vie. Sans dénier que le système éducatif de nos sociétés est un buffet de connaissances pour quiconque souhaite s’en délecter, de nombreux neuroscientifiques clament que nos méthodes d’enseignement et d’apprentissage ne sont plus adaptées par rapport aux avancées scientifiques réalisées dans le domaine des neurosciences.

Cela nous incite à avoir un regard différent sur le problème : et si l’on changeait notre vision de l’apprentissage et de l’enseignement en prenant le problème à l’envers : pourquoi faut-il s’acharner à conformer notre cerveau à nos méthodes de travail quand on pourrait adapter nos méthodes de travail selon le fonctionnement de notre cerveau ?

 

À travers cet essai, nous tâcherons de lier apprentissage et neurosciences, car mieux on connaît son cerveau, mieux on peut s’en servir pour prospérer dans sa vie professionnelle et personnelle.

 

 

I - Attention : nos expériences passées dictent nos centres d’intérêt

 

      D’après le livre Driven: "How Human Nature Shapes Our Choices"co-écrit par deux enseignants de Harvard, Nohari et Lawrence, notre cerveau est entre autres guidé par l’envie d'apprendre et acquérir des connaissances. La mémorisation des connaissances est fortement corrélée au niveau d’attention que nous avons apporté lors de leur assimilation. Or, nos expériences passées nous dictent où nous devons accorder de l’attention. Se basant sur les connaissances du monde scientifique, John Medina nous explique pourquoi l’Homme n’accorde pas d’attention à ce qu’il considère comme ennuyant, en tenant à peu près ces mots :

 

Pour survivre dans la nature, deux stratégies s’opposent : devenir plus fort ou devenir plus intelligent. L’Homme a choisi de devenir plus intelligent. En effet, pouvant se tenir sur ses deux membres inférieurs, l’Homme s’est servi de cette faculté pour se déplacer en économisant une quantité précieuse d’énergie pour l’allouer au développement du cerveau. Principal atout en faveur de la survie, notre cerveau a appris à concentrer toute son attention sur tout ce qui permettait à la race humaine de survivre et d’être pérenne, c’est-à-dire manger, dormir, se reproduire, se battre ou fuir.

 

Aujourd’hui, tandis que nous n’avons plus besoin de réduire la notion de vivre à celle de survivre, il n’en reste pas moins que l’évolution est un processus long et nous avons toujours cet instinct de survie qui souhaite économiser le plus d’attention et d’énergie possible au cas où un prédateur viendrait à surgir devant nous. Cette rupture entre l’évolution rapide des sociétés et l’évolution lente de notre cerveau conduit l’Homme à ne pas accorder de l’attention aux choses qu’il considère comme ennuyantes, bien qu’elles soient importantes dans notre monde actuel. C’est pour cette raison que les critiques portées à l’éducation par la communauté scientifique se rejoignent en ces mots : l’École est peu efficace pour capter l’attention des étudiants. Et cela nous accompagne dans la vie professionnelle.

 

Aussi, il paraît bénéfique d’adapter les méthodes d’enseignement et d’apprentissage, pour mieux capter l’attention, élément essentiel dans le processus d’acquisition de connaissances.

 

Multitasking :

L’idée que l’homme puisse être multitâches est fausse. Certes, votre cerveau contrôle vos battements de cœur tandis que vous lisez cet article et vous pouvez marcher et parler dans le même temps. Néanmoins, on ne peut focaliser son attention que sur une seule chose à la fois, si bien qu’Idriss Aberkane raconte dans Libérez votre cerveau, qu’un mentaliste britannique avait réussi à payer une bague avec du papier blanc sans que le vendeur ne s’en aperçoive. Ce forçage consistait à saturer la mémoire de travail en lui faisant faire des tâches spatiales et logiques. Ainsi, le commerçant ne pouvait prêter attention à un autre élément.

De plus, le cerveau peut parfois mettre plusieurs minutes à se concentrer à nouveau dans une matière. Les notifications du téléphone, les mails entrants et autres parasites qui font perdre l’attention que vous portez sur une tâche sont une grande perte de temps.

           

Compréhension

    L’évolution nous a amené à avoir moins d’attention et à mémoriser moins bien ce que nous ne comprenons pas. De ce fait, il est important de structurer un exposé en partant de l’idée générale jusqu’aux plus petits détails. Ainsi, votre audience comprendra plus facilement le raisonnement et pourra lier les détails à l’idée générale.

 

Hooks :

    Lorsque vous avez capté la pleine attention de votre audience, celle-ci dure pendant 10 minutes. Cependant, Medina nous apprend qu’il est possible de garder cette attention en créant un « hook », c’est-à-dire un récit, une statistique, un fait visant à susciter une émotion forte, une attraction à propos de ce que vous dites. Lui-même utilise cette méthode dans son livre Brain Rules: "12 Principles for Surviving and Thriving at Work, Home, and School", où chaque chapitre est divisé en parties commençant par un Hook.

 

 

II - Mémorisation : l’Art de retenir l’important et d’oublier le futile

 

Une bonne mémoire doit-être capable de retenir de manière durable l’essentiel de nos savoirs, connaissances et expériences que nous jugeons importants. Cependant, il est primordial que notre cerveau puisse modifier ses connexions neuronales pour adapter son savoir, et acquérir de nouvelles connaissances. Ce processus, appelé plasticité, doit permettre d’oublier les éléments qui semblent futiles. En résumé, l’oubli demeure un élément indispensable au fonctionnement de la mémoire. L’objectif n’est alors pas d’essayer de tout retenir, mais de ne pas oublier l’essentiel.

 

            Pour cela, Medina et d’autres neuroscientifiques proposent des méthodes adaptées au fonctionnement de notre cerveau pour permettre de mieux retenir et d’améliorer sa mémoire à long terme.

 

Remember to repeat / Repeat to remember (Medina, J.)

Les capacités de mémorisation de l’information sont limitées : pour exemple, notre mémoire de travail ne peut garder en tête un numéro de téléphone plus de 30 secondes. Si l’on veut améliorer ce temps, il est nécessaire de réexposer l’information pour que cette dernière soit encodée dans notre cerveau. D’où le premier conseil de Medina : « remember to repeat ».

Mémoriser une information peut prendre plusieurs années pour qu’elle soit gravée à vie dans votre mémoire. L'exposition répétée à des intervalles de temps spécifiques constitue le moyen le plus puissant de fixer une information. Finalement, oublier nous permet de hiérarchiser les informations en fonction de leur utilisation et importance. Mais si l’on veut se rappeler d’un élément longtemps, il est nécessaire de « repeat to remember».

 

Courbe de l’oubli (Ebbinghaus, H.)

Medina nous apprend que notre cerveau retient plus d’informations que nous pensons, mais le chemin pour retrouver cette information, encodée dans les cellules neuronales est au début très fragile. La répétition d’une information permet à notre cerveau de réactiver le circuit neuronal utilisé pour retrouver l’information. Plus ce circuit est sollicité, plus il sera aisé de parcourir le chemin jusqu’à l'information. 

Les travaux de John Medina nous mènent à étudier ceux de Hermann Hebinghaus, Père de la psychologie expérimentale de l’apprentissage. À travers la courbe de l’oubli, il vient détailler les propos de Medina en montrant que l’exposition répétée à l’information, après dix minutes, un jour, une semaine, un mois puis six mois permettrait de retenir à long terme l’information.

           

 

Les prochaines thématiques permettent d’améliorer l’encodage de l’information. Pour cela, Idriss Aberkane conseille de donner des dimensions spatiales ou encore émotionnelles aux informations que nous souhaitons retenir. Cette capacité à mieux retenir l’information lorsqu’elle est associée à d’autres éléments est largement expliquée par les neurosciences. En effet, cela permet de faire travailler plusieurs aires de notre cerveau en même temps, ce qui facilite la rétention d’informations. Voici deux principaux secrets des champions de la mémorisation, dont l’un d’eux est aujourd’hui capable de retenir les 100 000 premières décimales de Pi.

 

 

Mind mapping et palais mental (Buzan, T.)

Il est plus facile pour notre cerveau de mémoriser une information lorsqu’elle est présentée sous forme d’image que sous forme de texte. Cela étant, Medina conseille aux orateurs d’accompagner leur propos par un diaporama contenant pour l’essentiel des images. Pour que l’audience retienne mieux votre message, évitez de mettre trop de texte sur votre diaporama.

Le psychologue anglais Tony Buzan va plus loin et propose de convertir un texte que vous souhaitez apprendre en une « Mind map » ou carte mentale. Cette dernière est un schéma ou l’information principale est centrée et les détails se trouvent en périphérie de la carte. Construire une Mind map peut se faire sur papier ou mentalement, on parle alors de palais mental.

 

 

 

Mnémotechnie (Buzan, T.)

Le mind mapping peut être associé à la mnémotechnie, consistant à associer des informations à des idées, en faisant travailler plusieurs parties de notre cerveau. Voici plusieurs types d’associations qui favorisent la mémorisation :

 

 

Tandis qu’une croissance infinie dans un monde fini paraît peu envisageable, Idriss Aberkane nous rappelle que l’économie de la connaissance, est infinie. Appliquer les méthodes décrites auparavant vous permettra d’être un acteur majeur de cette économie.

            Alors avant d’augmenter nos capacités cognitives par la technologie, tâchons d’abord de comprendre notre cerveau et de l’utiliser de la meilleure des manières, d’ailleurs décrites par la neuro-ergonomie, discipline récente dans le champ des neurosciences

 

Sources :

 

Ecrit par Antoine BERNARD - Junior Associate © Cabinet Lieutenant Guillaume

Le 27/02/2019

A propos de Lieutenant Guillaume

Le cabinet Lieutenant Guillaume est spécialisé dans l\'aide aux starters, c\'est-à-dire aux créateurs d\'entreprise dont la société n\'est pas encore constituée. Passionné, nous nous efforçons de donner accès à des formations pointues aux jeunes entrepreneurs.

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