La Blue Economy, ou comment concilier économie et écologie

16 Apr 2019 | Corporate & associe

 

Lorsque l’on parle de modèles économiques, deux camps aux intérêts opposés se confrontent. D’un côté, le camp des rouges, tenants de la croissance forte et de la rationalité économique, et en face, celui des verts, défenseurs de la politique écologique et de l’économie verte. Tandis que les uns parlent d’emplois et les autres de nature, tous s’entendent à dire que l’on ne peut concilier ces deux termes. Cette confrontation pourrait alors être éternelle tant les deux camps se bornent à rester dans leurs tranchées sans oser s’aventurer sur le no man’s land qui les sépare.

Mais en réalité, les deux modèles que nous opposons aujourd’hui ne sont pas viables à long terme : vouloir une croissance infinie dans un monde fini semble être une idée plus idéologique que logique, de même que subvenir aux besoins d’une population mondiale grandissante à des coûts raisonnables s’apparente à un véritable casse-tête.

38 organisations, 3000 chercheurs et 1000 entrepreneurs, rassemblés sous l’étendard de la Blue Economy et menés par le chef de file Gunter Pauli, ont tenté de s’aventurer sur le no man’s land. L’objectif n’est pas d’aller défendre l’un ou l’autre intérêt, mais de tenter de faire signer l’armistice.

 

La Blue Economy en deux points

 

S’inspirer de la nature (Biomimétisme)

Le principal problème de l’économie rouge, c’est qu’elle émet énormément de déchets, comme du plastique ou du CO2.  Celui de l’économie verte, c’est que tout ce qui est bon pour l’Homme et bon pour la planète est cher, donc réservé à ceux qui ont les moyens.

La nature, quant à elle, ne rejette aucun déchet. Enfin si, elle l’a fait une seule fois : les organismes primitifs rejetaient il y a 2,5 milliards d’années de l’oxygène, qui autrefois était simplement un déchet toxique. Son accumulation est responsable de la plus grande extinction que la Terre n’ait jamais connue : 99,99% des espèces. Une fois n’est pas coutume, retenons simplement que dans la nature, il n’y a pas de déchets autres que ceux des Hommes.

Gunter Pauli, entrepreneur belge et ex-dirigeant d’une usine biologique, s’est rendu compte qu’en accumulant les déchets, on faisait du bio tout en polluant. En cherchant d’autres moyens de produire, il a compris que faire travailler les usines en se basant sur le modèle de la nature constituait une véritable chance : en réintroduisant les déchets dans l’économie sous de nouvelles formes, on génère de la valeur, on augmente les marges et on pollue moins.

 

En fait, la Blue Economy propose un modèle de production viable, dans lequel on étudie la nature comme on étudie un bouquin, au lieu de la détruire.

 

Réconcilier économie et écologie

En supprimant les déchets du camp rouge tout en comblant les limites de l’économie verte, la Blue Economy permet de réconcilier les belligérants du conflit emplois/nature, ou économie/écologie. En économie, on cherche à obtenir un bien sans considérer les déchets liés à la production. La plupart des projets de Blue Economy partent d’un raisonnement inverse : on constate tout d’abord un déchet, et l’on trouve ensuite un moyen profitable et écologique de le valoriser. Cette démarche permet de n’investir que très peu au début, car la matière première est un déchet gratuit dont personne ne veut.

Voici deux exemples significatifs de la Blue Economy :

 

Agriculture

L’un des défis de demain sera de nourrir les 10 milliards d’individus qui habiterons la planète à l’horizon 2050. Cependant l’agriculture actuelle est très consommatrice en eau, en terres, et rejette des déchets liés aux intrants et du CO2. Des organisations se sont alors penchées sur la spiruline, une algue qui a des propriétés nutritives intéressantes, notamment grâce à sa teneur en protéines et oligo-éléments. Elle est également utilisée dans l’industrie des cosmétiques. Une surface d’un hectare permet de faire pousser en même temps 1000 tonnes d’algues (contre 20 tonnes de maïs pour la même surface). La matière première pour faire pousser ces algues est le CO2, qu’elle transforme en dioxygène. Elle est donc gratuite, et même rémunératrice car certains États subventionnent les activités permettant de capter du CO2. Finalement, le CO2 ne constitue un déchet que si l’on ne sait pas le réutiliser.

 

Textile

Lorsque l’on boit un café, on ingère en réalité 0,2% de la masse des graines de café. Le reste est un déchet : le marc de café. Selon Idriss Aberkane, « C’est le même niveau de connerie que de tailler un cure dent dans un tronc de chêne ». Or, les 99,8% restant peuvent être valorisés en servant de compost naturel, isolant thermique et acoustique ou encore, de textile. En effet, le marc de café est une matière tissable, qui, couplé à des matières comme le polyester, permet de concevoir des habits. Ces derniers absorbent les UV et les odeurs et sèchent très vite. Encore une fois, la matière première de ce modèle de production est un déchet dont tout le monde veut se débarrasser, donc gratuit.

 

 

Aujourd’hui, l’efficacité de la Blue Economy n’a plus besoin d’être démontré et son impact est mondial. C’est le seul modèle de développement complètement durable : on parle aujourd’hui de 200 projets qui ont attiré plus de 4 milliards d’euros d’investissement et quelques trois millions d’emplois tout en ayant une empreinte neutre voire positive pour la nature.

 

Sources

Thinkerview (2018) Interview de Gunter Pauli, youtube

Aberkane, I. (2018) L’âge de la connaissance

Site officiel de la Blue Economy : https://www.theblueeconomy.org/

Pauli, G. (2010) The Blue Economy: 10 years - 100 innovations - 100 million jobs

Couverture de la première version de « The Blue Economy » de Gunter Pauli.

 

Ecrit par Antoine Bernard - Junior Associate © Cabinet Lieutenant Guillaume

Le 16/04/2019

A propos de Lieutenant Guillaume

Le cabinet Lieutenant Guillaume est spécialisé dans l\'aide aux starters, c\'est-à-dire aux créateurs d\'entreprise dont la société n\'est pas encore constituée. Passionné, nous nous efforçons de donner accès à des formations pointues aux jeunes entrepreneurs.

About LG